Musée de la Faïence

Moustiers-Sainte-Marie : Musée de la Faïence, galerie des décors peints quatre siècles de traditions Au cœur du village de Moustiers-Sainte-Marie, le Musée de la Faïence raconte l'épopée d'un métier d'art oublié puis ressuscité. Plus de 500 pièces rares — plats historiés, assiettes armoriées, écuelles thérapeutiques — témoignent d'une aventure humaine exceptionnelle débutant en 1668 lorsque le moine italien Lazzaro Porri confia à Pierre Clérissy le secret de l'émail blanc stannifère. Inauguré le 15 septembre 1929 par le poète Jean-Louis Vaudoyer, ce musée résulte de la ténacité de Marcel Provence, journaliste passionné qui ralluma les fours éteints depuis 1874. Aujourd'hui, sept ateliers artisanaux perpétuent cette tradition ancestrale dans le respect des méthodes originelles. Pierre Clérissy et l'essor royal : quand Louis XIV fit fondre le trésor L'histoire véritablement originale débuta lors d'une circonstance dramatique : le Roi-Soleil ordonna la fonte de l'intégralité de la vaisselle d'argent et d'or royale afin de renflouer les caisses épuisées par les conflits guerriers. Cette décision permit à la faïence moustérine de conquérir progressivement les cours européennes majeures. Pierre Clérissy, grâce aux secrets transmis par Porri, créa des pièces d'une finesse incomparable — les décors bleu cobalt en camaïeu (monochrome) s'inspiraient des gravures de maîtres italiens Antonio Tempesta et français Jean Bérain. La chevrette de pharmacie signée Clérissy datée 1687 — vestige fondateur conservé au musée — porte gravé le titre de « maître faïencier » et constitue la « Joconde » du patrimoine moustérin. À l'apogée du XVIIIe siècle, douze manufactures employaient des centaines d'artisans produisant les décors les plus somptueusement ornés : scènes de chasse mythologiques, guirlandes florales, arabesques sophistiquées, fruits exotiques. L'exposition muséale : neuf salles racontant déclin et renaissances successives Le parcours se développe progressivement à travers neuf galeries thématiques permettant comprendre l'évolution artistique et technique. Les premières salles présentent les décors bleu-blanc dominants entre 1679 et 1730 — pièces provenant notamment des manufactures Clérissy et Olérys rivales. Les sections intermédiaires documentent l'émergence des décors polychromes colorés du XVIIIe siècle : bleus profonds côtoyant verts jade, jaunes citron, pourpres éclatants, teintes oxydes créant harmonies chromatiques vibrantes. Une zone spécifique explore la catastrophe commerciale intervenue en 1786 : le traité de Vergennes autorisa l'importation massive de porcelaines anglaises moins onéreuses à décor collé plutôt que peint — innovation industrielle rendant obsolète l'artisanat moustérin ancestral. Le dernier atelier ferma définitivement portes en 1874 — cinquante ans de silence suivi. La renaissance 1928 et renouveau contemporain : Marcel Provence ressuscita les fours En 1928, Marcel Provence — passionné archéologue autodidacte — rallia quelques maitres céramistes résiduels et entreprit la reconstruction systématique du savoir-faire disparu. L'Académie de Moustiers fondée simultanément combina recherche historique minutieuse et expérimentations pratiques reconduisant des techniques anciennes partiellement oubliées. Les décors traditionnels « façon Moustiers » incorporèrent progressivement l'oiseau bleu stylisé — motif devenu emblématique identitaire du renouveau. Les dernières salles du musée célèbrent les ateliers actuels : huit créateurs contemporains combinent fidélité aux canons esthétiques historiques et innovations personnelles audacieuses — certaines pièces juxtaposant dessins traditionnels floréaux aux géométries modernes minimalistes, fusion audacieuse passé-présent. Contenu singulier : atelier-démonstration et studio-vente intégré L'espace muséal inclut atelier-découverte proposant démonstrations gratuites mensuelles : tournage à la main, moulage formes complexes, processus émaillage à froid, peinture libre motifs. Une galerie marchande attenante propose créations d'artisans moustérins contemporains — tarification premium (pièces standard 50-200 euros, pièces exceptionnelles 500-2000 euros) reflétant investissement temps artisanal considérable. Informations pratiques Tarif : 7 euros adulte ; 4 euros enfant (8-12 ans) ; gratuit moins 8 ans. Groupe 12 personnes minimum 5,50 euros personne. Horaires : février-décembre lundi-dimanche 10h-13h et 14h-18h (fermeture janvier complet). Visites guidées groupe 15 personnes minimum sur demande préalable (consultation office tourisme). Durée visite : 1 h 30 à 2 heures exposition complète + démonstrations optionnelles. Localisation : rue du Seigneur de la Clue, Moustiers-Sainte-Marie village centre. Stationnement : parking gratuit village entrée D952. Accès : pédestre depuis parking via ruelles pavées anciennement. Conseil : combiner visite sept ateliers dispersés village (portes ouvertes librement), église Notre-Dame-de-l'Assomption (voir topo #8), randonnée Étoile mystérieuse (voir topo #30), shopping pièces faïence originales galerie marchande intégrée. Contact : musée 04.92.74.61.64. Où les pinceaux de Clérissy murmure secrets cobalt disparu, où Marcel Provence ressuscita l'inexprimable beauté oubliée quatre siècles.

Date : février à décembre • Tous les jours. Lieu : Rue du Seigneur Berthe de la Clue 04360 Moustiers-Sainte-Marie.