Tunnel de la Traversette
Abriès-Ristolas : Tunnel de la Traversette (Pertuis du Viso), Premier tunnel alpin et patrimoine transfrontalier Le Tunnel de la Traversette, appelé également « Pertuis du Viso » ou « Buco di Viso » en italien, constitue le premier tunnel alpin creusé à la main, franchissant la chaîne des Alpes à 2900 mètres d'altitude. Réalisé entre juin 1479 et novembre 1480 sur l'initiative de Ludovic II, marquis de Saluces, ce tunnel de 75 mètres de longueur demeure un exploit technique majeur du XVe siècle, symbolisant la volonté de relier les bassins fluviaux du Guil en Queyras et du Pô en Italie. Son classement au titre des Monuments historiques en octobre 2025 souligne l'importance patrimoniale et historique de ce passage unique frontalier. Contexte historique et justification économique du percement Le tunnel de la Traversette a été creusé à l'initiative du marquis de Saluces dans un contexte géopolitique révélant l'importance stratégique du contrôle des voies alpestres. L'objectif principal résidait dans la sécurisation de la route du sel, ressource économique majeure extraite des salines de l'étang de Berre en Provence. Ce projet reçut le soutien du roi de France Louis XI, du marquis de Montferrat, et du seigneur de Provence, coalition politique révélant l'enjeu économique transfrontalier du passage. Sur le plan économique, le tunnel permettait de réduire significativement les trajets commerciaux : il diminuait de trois jours le trajet de Grenoble à Saluces, en évitant le duché de Savoie contrôlant le col du Mont-Cenis. Pour les caravanes reliant la Provence à Turin, le gain atteignait jusqu'à trois semaines par rapport à l'itinéraire septentrional empruntant le col de Montgenèvre. Cette réduction temporelle transformait le Queyras en carrefour commercial majeur, générant des revenus substantiels aux autorités régionales. Architecture et dimensionnement fonctionnel Le tunnel de la Traversette offrait des dimensions strictement fonctionnelles révélant sa finalité originelle : une longueur de 75 mètres, une largeur et une hauteur permettant le passage d'un mulet bâté et d'un homme courbé. Cette dimensionnalité réduite reflétait les contraintes techniques et les objectifs utilitaristes : le passage était conçu pour les caravanes commerciales et les troupeaux en transit, non pour des circulations massives ou véhiculées. L'ouvrage, creusé directement dans la roche, présentait une pente vers le côté piémontais, s'étageant entre 2900 et 2915 mètres d'altitude. L'entrée française, positionnée sous le col de la Traversette au Grand Vallon, débouche côté italien dominant la vallée de Crissolo et les sources du Pô. Histoire multisculaire : fermetures, restaurations, et réouvertures successives Le tunnel connut une histoire mouvementée révélant les vicissitudes politiques alpestres : fermé au XVIe siècle par les troupes du duc de Savoie, il fut rouvert puis fermé à plusieurs reprises au fil des siècles. Redécouvert au début du XXe siècle, il bénéficia d'une restauration complète en 1907 grâce aux efforts coordonnés du Club alpin italien et du Touring Club de France. Des travaux de restauration ultérieurs ont été menés pendant la Seconde Guerre mondiale, puis dans les années 1970, en 1997 et en 1998. Les restaurations les plus substantielles datent de 2014, entreprises à l'initiative de la Région du Piémont et du Parc Naturel du Pô, assurant la stabilité structurale et l'accessibilité contemporaine. Depuis cette réhabilitation, le tunnel demeure sujet à des fermetures saisonnières hivernales : il est généralement fermé d'octobre à juin, période d'instabilité climatique et d'éboulements rocheux menaçant la sécurité des visiteurs. Détail singulier : reconnaissance patrimoine national et accessibilité randonnière Un trait distinctif contemporain du tunnel : classé au titre des Monuments historiques le 1er octobre 2025, il a accédé au statut officiel de patrimoine protégé national français. Cette reconnaissance tardive—545 années après sa création—souligne la redécouverte progressive de son importance historique. Le tunnel demeure accessible en été aux randonneurs empruntant le sentier du Col de la Traversette, depuis le parking « La Roche Écroulée » au Belvédère du Viso, parcours circulaire de 16,4 km aller-retour avec dénivelé positif d'environ 1000 mètres. Informations pratiques Accès : Depuis Abriès-Ristolas, emprunter la route D 947 longeant le Guil jusqu'au Belvédère du Viso (parking « La Roche Écroulée »). Sentier montant au tunnel : départ du Belvédère, environ 3-4 heures pour atteindre l'entrée. Horaires d'accessibilité : Accessible généralement juin à septembre selon conditions climatiques et stabilité de la roche. Fermeture hivernale établie octobre à mai. Durée de visite : 45 minutes pour la traversée complète du tunnel et l'exploration du col de la Traversette. Équipement : Chaussures de montagne obligatoires, vêtements chauds essentiels, lampe torche recommandée pour traverser le tunnel. Difficulté : Randonnée de montagne exigeante, altitude élevée, exposition au vertige, risque d'éboulements. Statut de protection : Classé Monument historique depuis octobre 2025, pour la partie française comprise, plateau et entrée. Coordonnées : Parc naturel régional du Queyras pour informations actualisées sur accessibilité saisonnière. Où l'audace médiévale s'incarne en percement rocheux, révélant l'histoire vivante d'un passage alpin transformant les échanges commerciaux transfrontaliers et célébrant le génie humain face aux défis montagnards.
Date : juin à septembre • Tous les jours. Lieu : Abriès-Ristolas (05460 Abriès-Ristolas).