Villa Musée Jean-Honoré Fragonard - GRASSE

Grasse : Villa-Musée Jean-Honoré Fragonard, temple rococo du dernier séjour La Villa-Musée Jean-Honoré Fragonard, demeure provençale de la fin du XVIIe siècle restaurée en 2011, incarne l'adieu monumental d'un maître rococo fugace. Ce musée, second dépositaire au monde des œuvres de Fragonard après le Louvre, préserve les fresques, les tableaux et les 1 700 objets collectés par Jean-François Costa—testament vivant du génie pictural du peintre grassois (1732-1806) et de sa dynasty artistique. Architecture : La bastide provençale d'Alexandre Maubert (fin XVIIe) Bâtie vers 1690 pour la famille de Rogon, la villa demeure une austère bastide provençale aux proportions classiques : façade ocre chaud, toiture tuiles courbes rouges, balcons ferrés, fenêtres hautes à vitres petites. L'édifice fut successivement occupé par les Villeneuve-Esclapon et les Durand de Sartoux avant d'être acquis par le riche négociant en parfumerie Alexandre Maubert—cousin du peintre. Le jardin en terrasses cultive oliviers centenaires, fleurons provençaux et cultures maraîchères. En 1790, fuyant la Révolution et le deuil de sa fille Rosalie décédée subitement, Fragonard s'installa dans cette demeure avec son épouse Catherine, sa belle-sœur Marguerite Gérard et son fils Alexandre-Évariste. Ce séjour grassois marqua transformation profonde : le peintre rococo devint décorateur architectural maîtrisant symboles maçonniques révolutionnaires. Dans la cage du grand escalier, Fragonard peignit magistralement en grisaille un décor architecturé rappelant l'Antique romaine : colonnes trompe-l'œil, faisceaux de licteurs, bonnets phrygiens—vocabulaire révolutionnaire explicite où Louis XVI, Voltaire, Rousseau figuraient allégoriquement. Au grand salon, il installa les quatre toiles majeures refusées par Madame Du Barry en 1771 (« Les Progrès de l'Amour dans le cœur d'une jeune fille »), puis complémenta l'ensemble de dix autres tableaux couvrant les murs entiers—symphonie rococo tardive transmutée en manifeste politique pictural. Anecdote singulière : Les quatre toiles refusées de Louveciennes, exilées à New York 1915 En 1771, la favorite de Louis XV, Madame Du Barry, commanda à Fragonard quatre panneaux pour décorer son pavillon de Louveciennes dessiné par Claude-Nicolas Ledoux. Le peintre livra l'œuvre magistrale : scènes galantes, amours adolescentes, jardins idéalisés. Mais les panneaux furent refusés—trop frivoles, insuffisamment conformes au style néoclassique rigide émergent. Fragonard, ulcéré, les conserva. En 1790, arrivé à Grasse, le peintre exila ces quatre toiles dans la maison Maubert où elles restèrent jusqu'en 1898. Louis-Michel Malvillan, arrière-petit-fils Maubert, les vendit en les faisant préalablement copier par le peintre lyonnais Auguste La Brély. Les originaux, désormais nommés « Fragonard de Grasse », voyagèrent jusqu'à la Frick Collection de New York (1915)—exil transatlantique symbolique de l'art rococo français chassé par son époque. Contenu unique Les collections permanentes (premier étage) exposent 55 tableaux et dessins majeurs : peintures rococo, scènes religieuses, paysages de Rembrandt-influence, portraits de fantaisie. Marguerite Gérard et Alexandre-Évariste Fragonard complètent ce triptyque générationnel. Les deux salles temporaires accueillent créations contemporaines annuelles. Le fauteuil personnel du peintre, sa boîte de couleurs originelle et son buste par Gustave Deloye demeurent en exposition permanente. Informations Pratiques Tarif d'accès : 7€ (plein tarif 2026) ; réduit 5€ (seniors, étudiants), gratuit enfants -12 ans, gratuit premiers dimanche du mois. Horaires : mercredi-dimanche 10h-13h / 14h-18h (juillet-août 9h-19h) ; fermé lundi-mardi. Visites guidées gratuites sur demande. Durée visite : 1h30. Les jardins demeurent librement accessibles. Le parking gratuit demeure adjacent. Route d'accès facile depuis centre-ville Grasse (boulevard Fragonard). Où la grisaille révolutionnaire murmure que la frivolité rococo, en dernier souffle grassois, devint cri politique pictural—le pinceau trépidant incarnant conscience collective tardive d'un siècle agonisant.

Date : Toute l'année • Tous les jours sauf lundi, mardi. Lieu : 23 Boulevard Fragonard 06130 Grasse.