Voûtes de La Collancelle
Les voûtes de La Collancelle forment l’un des ensembles les plus singuliers du canal du Nivernais. Situées entre La Collancelle et Sardy‑lès‑Épiry, elles constituent trois tunnels successifs creusés au début du XIXᵉ siècle pour permettre au canal de franchir la ligne de partage des eaux entre Loire et Seine. Cet ouvrage, entièrement réalisé à la main par des centaines d’ouvriers, témoigne de l’ingéniosité et de la ténacité nécessaires pour percer un relief particulièrement accidenté. Les trois voûtes — la Voûte de Breuil (212 m), la Voûte de Mouas (268 m) et la Voûte de Collancelle (758 m) — s’enchaînent sur un peu plus d’un kilomètre. Elles sont séparées par de courts tronçons à ciel ouvert, ce qui crée un parcours spectaculaire où alternent obscurité, lumière et parois rocheuses. Le chemin de halage longe l’eau dans les deux plus petits tunnels, tandis que la grande voûte impose un passage plus étroit, autrefois réservé aux bateaux tirés par des hommes ou des chevaux. L’atmosphère y est fraîche, résonnante, presque souterraine : un contraste saisissant avec les paysages boisés qui entourent le site. L’ensemble s’inscrit dans la célèbre échelle de 16 écluses de Sardy, l’un des points forts du canal du Nivernais. Les voûtes marquent le sommet du bief, là où le canal atteint son point le plus élevé avant de redescendre vers le bassin de la Loire. Les parois, taillées dans la roche, conservent les traces des outils utilisés par les ouvriers : coups de pointerolle, marques de piquetage, niches d’éclairage. Ces détails rappellent la dureté du chantier, mené entre 1784 et 1841, dans des conditions souvent difficiles. Une anecdote parfaitement attestée raconte que, lors du percement de la grande voûte, les équipes travaillèrent simultanément depuis les deux extrémités, avançant à la lueur de lampes à huile. Lorsque les galeries se rejoignirent enfin, l’écart entre les deux percements ne dépassait pas quelques centimètres, un exploit salué dans les rapports d’ingénieurs de l’époque. Cette précision remarquable, obtenue sans instruments modernes, témoigne du savoir‑faire des maîtres d’œuvre du canal. Ce qui fait la singularité des voûtes de La Collancelle, c’est la combinaison d’un ouvrage d’ingénierie exceptionnel et d’un paysage profondément marqué par l’eau et la forêt. Le visiteur ne traverse pas seulement des tunnels : il suit le tracé d’un canal qui a transformé le territoire, reliant autrefois les forêts du Morvan aux ports de Paris grâce au flottage du bois et au transport fluvial. Quand la lumière du soir s’atténue à l’entrée des tunnels et que l’écho de l’eau se prolonge sous la pierre, les voûtes semblent retrouver le souffle lent des bateaux qui les ont franchies pendant près de deux siècles, comme si chaque paroi conservait encore la mémoire du passage des hommes et des chevaux.
Date : Toute l'année • Tous les jours. Lieu : Les Pougeats 58800 La Collancelle.